Le Tire-bouchon a apprivoisé la Côte sauvage.

Nous vous invitons à découvrir un paysage insolite à bord d’un train un peu spécial : le Tire-Bouchon.

C’est le nom du petit train qui relie onze fois par jour dans chaque sens Auray à Quiberon : le Tire-bouchon. Pour atteindre la station balnéaire située au bout d’une presqu’île très étroite et longue de 14 kilomètres, le voyageur doit d’abord passer par Auray, la jolie petite cité d’art qui s’ouvre sur le golfe du Morbihan. Bordé en contrebas par le port de Saint-Goustan, qui a longtemps été l’un des plus actifs de Bretagne, Auray respire l’air iodé du large. Mais, avec son architecture agrémentée de charmantes venelles et de jolies maisons à pans de bois, il contraste avec la presqu’île de Quiberon voisine marquée par une nature beaucoup plus hostile mais tout aussi surprenante. Pour profiter de cette rupture dans le paysage, le Tire-bouchon reste le meilleur moyen de locomotion. Surtout quand des hordes de véhicules s’entassent sur le bitume de l’unique route traversant la presqu’île.

Un vaste parking situé près de la charmante petite gare bleu et rose d’Auray permet de stationner gratuitement son véhicule avant de grimper dans le train où prennent place des touristes français et étrangers. Trois quarts d’heure sont nécessaires au convoi formé de 4 wagons aux couleurs verte et blanche des TER de Bretagne pour parcourir les 28 kilomètres qui séparent les deux villes.

Les alignements mégalithiques
Car les arrêts sont nombreux et le Tire-bouchon doit tortiller sur la seule voie qui traverse d’abord la campagne des rares bocages bretons épargnés par les remembrements agricoles. Puis vient le premier arrêt à la commune de Belz-Ploemel, dans une gare d’un autre âge avec du gravier au sol, une toute petite bâtisse abritant un chef de gare très soucieux de la sécurité de ceux grimpant et descendant du train sans beaucoup de discipline. Quelques minutes plus tard, on arrive à Plouharnel-Carnac. La foule y est nettement plus dense puisqu’il s’agit de l’arrêt desservant la célèbre station balnéaire de Carnac et ses alignements mégalithiques que les pouvoirs publics ont décidé de protéger. Les 2.000 menhirs pourront toujours être approchés par le public mais les sites devront rester naturels pour conserver toute leur magie passée. Quand redémarre le Tire-bouchon, le spectacle n’est plus du tout le même : on quitte la campagne et les pinèdes pour aborder la Côte sauvage avec l’entrée dans la presqu’île. Jusqu’au XIe siècle, c’était une île, mais le déboisement massif a permis aux sables balayés par les vents d’ouest de former un isthme que l’on peut découvrir à l’arrêt, « les sables blancs « , perdu dans la nature. A droite du train, on a alors une vue imprenable sur la Côte sauvage avec une mer souvent hostile et dangereuse. Quant aux falaises, toutes protégées par le Conservatoire du littoral, elles sont percées de nombreuses grottes aux profondeurs impressionnantes. A gauche du train, le panorama est très différent avec une vue sur la large baie de Quiberon abritée des intempéries et si prisée des plaisanciers.

Un fort Vauban
Puis vient l’arrêt Penthièvre, du nom d’un fort Vauban que longe le convoi. Ce monument qui domine la mer devait théoriquement défendre les habitants mais, en 1764, les Anglais purent envahir les villages voisins où ils pillèrent le bétail et s’emparèrent des barils de sardines. Aujourd’hui, le fort de Penthièvre, qui reste un camp d’entraînement de l’armée de terre, est aussi un lieu de mémoire de l’histoire plus immédiate puisque « 59 résistants furent tués dans ce fort », est-il écrit à l’entrée du monument entouré de vilains blockhaus allemands, vestiges indestructibles du mur de l’Atlantique.

A mesure que le Tire-bouchon s’étire vers le but final, le nombre des voitures circulant sur la nationale toute proche ne cesse d’augmenter car on arrive à la station balnéaire de Saint-Pierre-Quiberon. Puis arrive Quiberon, l’ultime étape de notre voyage. « Ici, constate le mécanicien, qui vient d’effectuer le trajet au départ d’Auray, c’est un peu le début d’un autre monde. Pour aller plus loin, il faut maintenant prendre la mer. « 

Si Quiberon est fréquenté pour la qualité de ses grandes plages, il l’est aussi pour ses nombreux départs quotidiens vers les îles du large d’Houat, Hoedic et Belle-Ile-en-Mer. Des milliers d’estivants embarquent ainsi à Port-Maria, permettant à Quiberon de conserver toute son âme marine. D’ailleurs, à Port-Maria, 200 bateaux vivent encore de la pêche. Une activité que le Tire-bouchon rappelle dans chacun de ses wagons avec l’affiche publicitaire de la conserverie La Quiberonnaise, une entreprise locale créée en 1921 qui fabrique toujours de façon manuelle ses spécialités à base de sardines et de maquereaux.

(*)  Le prix de l’aller et du retour est fixé à 9,70 euros par personne, il est gratuit pour les enfants de moins de 4 ans. Renseignements au service vente de la SNCF (08.92.35.35.35).
Source : Les Echos